Maîtrise d’usage : l’exemple d’un éco-campus conçu pour et avec les étudiants

Comment associer les usagers à la création de leurs futurs logements ou lieux de travail ? Démarche au cœur des pratiques professionnelles de Seuil architecture, nous proposons ici un exemple très concret de ce qu’apporte la maîtrise d’usage dans l’élaboration d’un projet architectural respectueux des hommes et de l’environnement. La définition participative de la cellule de vie étudiante, en seconde partie, devrait en particulier éclairer les maîtres d’ouvrage sur les avantages tangibles de cette philosophie.

La maîtrise d’usage pour concevoir des logements ?

Commençons par le début : qu’est-ce que la maîtrise d’usage ? Fonction complémentaire de la maîtrise d’ouvrage (MOA) et de la maîtrise d’œuvre (MOE), la maîtrise d’usage (MUE) est le moyen de donner une place active et décisive aux usagers en postulant que la pratique génère un savoir et qu’à ce titre, les usagers finaux ne sauraient être exclus des phases de conception. Elle se caractérise par un processus global participatif dont nous vous proposons ici un exemple appliqué à la co-conception de l’éco-campus d’un établissement d’enseignement supérieur privé situé dans l’Aude.

Le contexte du projet de logements étudiants

Le bailleur social ALOGEA et Seuil architecture réalisent ensemble l’éco-campus de l’Ecole supérieure de La Raque (Lasbordes, Aude). Sur 350 étudiants fréquentant l’établissement, une quarantaine vit sur le campus. L’internat de l’école, trop éloigné des besoins d’autonomie et d’indépendance des jeunes étudiants, doit être remplacé par une résidence étudiante, favorisant la coopération et les échanges. Quatre-vingt logements de type T1 et T1 bis, respectueux de l’environnement et conformes aux exigences Bâtiment à Energie Positive (BEPOS), sont programmés pour voir le jour début 2021.

Une architecture fondée sur les histoires vécues

Afin de valider les choix proposés lors du concours mais aussi pour concevoir, avec sens, les logements les plus ergonomiques et fonctionnels possibles, proches des besoins et envies des étudiants, nous avons élaboré une démarche participative. En effet, l’architecture obéit à des pratiques qui s’articulent selon des usages, des conduites individuelles et sociales, et qui fondent les histoires vécues au sein d’un lieu. Aussi, il est selon nous indispensable d’impliquer les usagers quotidiens du campus dans le projet afin de finaliser, avec et pour eux, les grands principes d’aménagement. Ainsi, les élèves et le personnel de l’école, usagers des lieux et donc acteurs légitimes dans le processus de conception, prennent part à cette démarche pour l’enrichir de leurs expériences vécues, leurs besoins et leurs rêves.

Un comité de pilotage représentatif de tous usagers des futurs bâtiments

Pour que la réflexion autour du projet soit ancrée dans la réalité et la juste possible, nous avons mis en place un comité de pilotage d’une dizaine de personnes, choisies parmi les élèves, les enseignants et les membres du personnel. Représentatif de tous les usagers, c’est avec ce groupe que nous traitons et analysons les données récoltées auprès du plus grand nombre (par le biais d’une enquête auprès des étudiants – lire ci-dessous quelques exemples de données collectées), lors d’ateliers participatifs.

 

Les usagers quotidiens des bâtiments connaissent mieux que quiconque ce qui fonctionne ou pas ; les associer à la conception, c’est garantir des lieux bien mieux adaptés aux besoins que ceux conduits lors d’une planification antérieure. Grâce à un savoir-faire éprouvé, nous fournissons aux usagers les clés qui permettent d’en faire des interlocuteurs avertis lesquels peuvent alors enrichir la démarche mutuelle de conception. Tous les participants, soumis à une même logique de projection, sont en capacité de collaborer pour créer des lieux uniques, morphologiquement définis par des besoins concrets et réels.

De la cellule de vie au local à vélos

Outre la conception du lieu de vie de l’étudiant (lire le second article ci-dessous), le comité du pilotage a enrichi nombre de composantes du futur campus, de la position de la laverie à celle du local à vélos en passant par la fonction des espaces extérieurs partagés, devenus espace barbecue, place centrale de rassemblement et un terrain de pétanque. Au côté de Seuil architecture, fort des expériences et de la sensibilité de chacun, le comité de pilotage a construit une proposition qualitative, fonctionnelle et ergonomique.

Tout au long du projet, livré avec son mode d’emploi

La participation des usagers ne s’arrête pas à la co-conception. En effet, la démarche perdure, Seuil architecture s’engageant à associer les étudiants et le personnel de l’établissement tout au long du projet de construction. Les étudiants sont d’ores et déjà attendus lors des visites de chantier pour contribuer à la définition de la signalétique ou au choix d’implantation du mobilier urbain.

Le livret de vie du bâtiment, qui sera remis à tous les nouveaux arrivants, explique la démarche menée pour la conception de ce campus. Pédagogique, il sera un guide pour comprendre et mieux habiter le campus et son logement.

Cette démarche participative a été saluée par la Région Occitanie (direction de la Transition énergétique) dans le cadre de l’appel à projet NoWatt.


Comment fait-on émerger les besoins et les usages ?

L’exemple de la co-conception de la cellule de vie de l’étudiant

Chez Seuil architecture, nous sommes convaincus que pour maintenir un processus organique – c’est-à-dire vivant et créatif – du projet, laissant s’exprimer librement les demandes des usagers, nous devons partir de dispositifs variés et ludiques.

L’atelier sur la cellule de vie de l’étudiant fournit une illustration particulièrement éclairante de l’intérêt de la démarche. Le programme initial exige une surface totale de 21 m2 pour les T1,  25 m2 pour les T1 bis ; il ne fournit pas de précision quant aux ouvertures ; par contre, il préconise du carrelage dans ces cellules de vie – préconisation que nous avons écartée d’emblée au profit d’un sol souple, aux performances acoustiques bien supérieures.

Une surface optimisée, à porter au profit du promoteur

A partir de différents scénarios d’usage et d’exercices ou outils manipulables, les étudiants du comité de pilotage ont réfléchi à leur futur espace de vie. Le projet présenté au concours a été amélioré (voir ci-dessous, version concours) suite aux échanges de cette première rencontre (version 2). En particulier, la surface est optimisée avec la disparition d’une cloison, ce qui est synonyme de gain financier pour le promoteur.

 

 

La seconde version, plus fonctionnelle et enrichie par les usagers, fait cependant l’impasse sur l’une des premières attentes exprimées par les étudiants lors de l’enquête d’usage : disposer d’espaces distincts. Nous avons alors revu la cellule de vie pour répondre à ce critère, tout en conservant les améliorations apportées dans la version 2 (par exemple, l’ajout d’une fenêtre dans la salle de bain). Cette dernière version, présentée et débattue lors d’un second atelier, est adoptée au consensus.

Une souplesse de combinaison du mobilier

Nous avons procédé de la même façon pour définir le mobilier de la pièce de vie. Afin de faciliter l’adaptation du logement aux usages et besoins des étudiants, il en résulte celui-ci ne sera pas fixé, contrairement à la demande du programme. Ainsi, un meuble bas de rangements devient un banc, le bureau, une table permettant d’accueillir jusqu’à quatre personnes, fournissant une réponse aux pratiques étudiantes exprimées dans l’enquête initiale, à savoir :

  • pouvoir travailler seul ou à plusieurs,
  • pouvoir recevoir des amis,
  • avoir un espace modulable et fonctionnel.

 

Le comité de pilotage a approuvé et validé cette suggestion de l’équipe Seuil architecture.

Vous avez un projet de construction ou de rénovation d’hébergéments  ? La démarche participative de Seuil architecture vous a convaincu ? Nous sommes prêts à vous rencontrer pour envisager votre projet.

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