SEUIL PRESSE

19 avril 2021

Les ingénieurs peuvent-ils réparer le monde ?

Retrouver la juste valeur des choses, réconcilier science dure et science douce, inventer de nouveaux mythes… Ces quelques pistes ont été abordées dans la première partie de notre article « Les ingénieurs peuvent-ils réparer le monde » que vous pouvez retrouver ici. Embarquez avec nous pour la suite de cette rétrospective et découvrez d’autres pistes de réflexion et d’inspiration pour l’ingénieur humaniste de demain !

 

VINCI et la Fondation INSA (Institut national des sciences appliquées), engagés dans un partenariat de cinq ans autour du rayonnement du concept d’ingénieur humaniste qu’ils partagent, ont réuni étudiants, alumnis, experts et collaborateurs VINCI autour d’un cycle de conférences-débats animé par Usbek & Rica et organisé en 2020 dans les six écoles du groupe INSA (INSA Rouen, INSA Centre Val de Loire, INSA Lyon, INSA Strasbourg, INSA Rennes et INSA Toulouse). Deuxième partie d’un article pour penser l’avenir.

La nature : un labo de recherche XXL

Contraction de bios, le vivant, et mimesis, l’imitation, le biomimétisme désigne tout procédé d’innovation ou d’ingénierie qui s’inspire de la nature et du monde vivant. Applicable à toutes les échelles, cette approche vise à transférer des modèles fonctionnels observés dans la nature directement dans les procédés d’innovation humains. Après tout, pourquoi nous priverions-nous de 3,8 milliards d’années de R&D ? « L’évolution du vivant nous offre les apprentissages de très nombreux essais et erreurs, rappelle Dounia Dems, ingénieure au sein du Centre européen d’excellence en biomimétisme de Senlis (CEEBIOS), interrogée par Léa Watremez, étudiante et présidente de l’association Greensa à l’INSA Strasbourg. Observer le vivant nous aide à adopter de bonnes stratégies ». Conceptualisé dans les années 1990 par le chercheur américain Otto Schmitt et vulgarisé par Janine Benyus , le sujet prend de l’épaisseur depuis quelques années, porté par l’idée qu’il pourrait être une réponse incontournable aux nombreux défis posés par la transition climatique. « Le biomimétisme ne consiste pas à nous empêcher de produire, c’est une nouvelle boîte à outil pour produire autrement  » synthétise Dounia.

Aujourd’hui, les solutions tirées du biomimétisme nous entourent déjà : les parois de douche autonettoyantes s’inspirent de la feuille du Lotus, rugueuse et hydrophobe ; les systèmes d’accroche adhésive des épines des fruits de bardane ; certaines architectures complexes du squelette humain ou encore certaines combinaisons de natation de la peau de requin. «  Le biomimétisme est aussi utilisé pour répondre à des enjeux de résistance à l’avancement, complète Gérard Hermal, enseignant en énergétique au sein de l’INSA Strasbourg « On peut aussi mentionner les termitières, ces galeries complexes qui maintiennent une bonne circulation de l’air, une bonne température et une hygrométrie quasi constante, et qui ont inspiré de nombreux nouveaux bâtiments et écohabitats  » ajoute-t-il.

Dans une grande entreprise comme VINCI, on regarde d’un œil plus qu’attentif ces innovations. « Sur le béton auto-cicatrisant notamment, nous suivons le travail d’une université américaine depuis une dizaine d’années », explique Thierry Covelo, Directeur du développement RH, de l’inclusion et de la diversité du Groupe.

La contrainte, moteur de changement

« Les normes sont un moteur : les entreprises nous contactent car elles ont besoin de notre expertise et de notre accompagnement suite à l’établissement des normes  » affirme Doumia. Sur les questions de thermorégulation notamment, les entreprises qui tâtonnaient hier pour améliorer l’existant doivent un jour s’en remettre à une technologie de rupture. « Et c’est là qu’on intervient : les contraintes permettent d’aller plus loin en termes d’ingéniosité, de créativité : on a besoin que les ingénieurs soient plus éduqués et curieux que jamais pour répondre à ces défis » rappelle-t-elle. Pour Doumia, les obstacles sont ailleurs : « travailler sur des solutions de biomimétisme demande un important travail de traduction entre les différents corps de métiers – architecte, ingénieur, biologiste, etc. » rappelle-t-elle.

Être ingénieur, c’est d’abord être ingénieux (et frugal)

C’est l’histoire d’un ingénieur, d’une architecte et d’un architecte-urbaniste. En janvier 2018, Le Manifeste de la Frugalité heureuse et créative est lancé, porté par la spécialiste de l’architecture écologique Dominique Gauzin Müller, le spécialiste de la frugalité du bâtiment et du territoire Alain Bornarel et du pionnier de l’éco-responsabilité Philippe Madec. « Il faut que, nous, les ingénieurs, ayons une réflexion sur le rôle qui nous revient pour construire demain » résume Leslie Gonçalves dont l’agence, Seuil Architecture, est impliquée dans la commission régionale du Manifeste. Pour y parvenir, les signataires du manifeste comptent bien « métamorphoser l’acte de concevoir, de construire et d’habiter » en proposant une alternative « aux visions technicistes, productivistes, gaspilleuses en énergie et en ressources de toutes sortes  ». Fin 2020, plus de 10 000 signataires ont déjà rejoint l’appel, dont deux tiers sont des professionnels du bâtiment, du paysage ou de l’aménagement des territoires.

« On devient forcément ingénieux quand on est ingénieur et qu’on réfléchit  » synthétise Thierry Covelo, qui rappelle qu’au sein de VINCI, les procédés de construction respectueux de l’environnement sont déjà légion : « béton bas carbone, Route à énergie positive Power Road®, construction bois, bâtiment à énergie positive, valorisation des ressources et économie circulaire, etc. font partie de ce que nous faisons déjà, et on réfléchit encore pour innover encore et toujours.  »

Réparer le monde commence par agir pour le vivre-ensemble

Ces efforts, aussi nobles soient-ils, ne suffisent pas. Car réparer le monde, c’est aussi prendre soin de ceux qui l’habitent. « Nous sommes probablement autant menacés à brève échéance par la dislocation sociale que par le réchauffement climatique » s’inquiète Thierry Covelo. « La préoccupation environnementale est sur le devant de la scène, et c’est légitime, mais nous ne devons pas oublier la dimension du vivre-ensemble, qui est au moins aussi importante ».

« Avec Give Me Five, déployé sur dix territoires en France, nous avons bâti un vaste programme innovant en faveur de l’insertion, l’intégration et l’inclusion. Et parce que la cohésion sociale commence par la lutte contre les inégalités, nous accueillons chaque année,  en partenariat avec l’Éducation nationale, 5 000 collégiens issus des réseaux d’éducation prioritaire dans le cadre d’un stage découverte de nos entreprises et de nos métiers avec pour ambition d’éclairer leur orientation. »

C’est l’invention d’une autre forme d’habitat, de société, basée sur le consensus et l’entraide.
Leslie Gonçalves, Seuil Architecture

Chez Seuil Architecture, on essaie autant que possible d’inviter la cohésion sociale au sein-même des projets d’architecture. « Entre 2013 et 2017, nous avons réalisé un projet d’habitat partagé par 17 familles  » explique Leslie Gonçalves. « C’est l’invention d’une autre forme d’habitat, de société, basée sur le consensus et l’entraide  ». Au cœur de l’écoquartier de la Cartoucherie de Toulouse, cet « Abricoop » est la preuve concrète que l’ingénieur, lorsqu’il fait preuve de créativité, peut construire une architecture conviviale, bioclimatique, au coût très maîtrisé.

Une place pour chacun et chacun à sa place

Et si, pour réparer le monde, il suffisait de dépasser les clivages ? Public-privé, entreprises- associations, citoyens-collaborateurs !

C’est la conviction de Thierry Covelo : « Dans les grandes entreprises, on va demander de plus en plus systématiquement aux collaborateurs d’être des citoyenséclairés. » Autrement dit, c’est un grand chantier de concertation et de coopération qui s’annonce, un chantier dont on ne pourra se passer pour donner à notre monde le futur qu’il mérite.

« Réparer, c’est agir.Il ne s’agit pas de remettre le monde dans son état d’origine, mais de le remettre en bon état de fonctionnement selon l’état du monde et les besoins des populations. » synthétise-t-il. Et de conclure par un adage : même les plus longs voyages commencent par un premier pas.

 

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